L'actif net réévalué pas à pas : du bilan comptable à la valeur des titres
L'actif net réévalué (ANR) du module Valorisation corrige les capitaux propres comptables pour produire une valeur patrimoniale des titres.
Il part du bilan et applique une cascade — plus et moins-values latentes, fiscalité latente, passifs retraités, décotes — pour aboutir à une valeur indépendante de la rentabilité future.
Cet article détaille chaque ligne de cette cascade, les bornes de saisie de la section Actif Net Réévalué (ANR), et les garde-fous qui font échouer le calcul plutôt que de laisser passer une hypothèse non attestée. Pour la vue d'ensemble des méthodes et de leur arbitrage, l'article pilier reste Utiliser le module Valorisation.
Où se paramètre l'ANR dans le module Valorisation
L'ANR se paramètre dans la section Actif Net Réévalué (ANR), accessible depuis l'entrée ANR du groupe Méthodes de la barre latérale. Son sous-titre annonce le périmètre : « Réévaluation des actifs et passifs à la valeur de marché ». L'interrupteur en tête de section (« Activer la méthode Actif Net Réévalué ») commande son activation ; la méthode est repliée tant qu'elle est désactivée.
La colonne de gauche porte la saisie : capitaux propres, actifs réévalués, retraitements passif, fiscalité latente, bloc analysé, décotes et primes. La colonne de droite affiche l'ANR avant décotes, la Valeur économique, le Bloc retenu, le tableau Décomposition, les trois cartes Plus-values / Moins-values / Fiscalité latente, et la Valeur par titre avec son Bloc ajusté.
L'ANR commande deux autres méthodes. Les entrées Praticiens et Rente du goodwill de la barre latérale restent désactivées, et leurs interrupteurs inopérants, tant que l'ANR n'est pas activé et sa revue des passifs confirmée. Le message affiché est explicite : « Activez l'ANR et confirmez la revue des passifs pour utiliser la rente du goodwill. »
Pourquoi faut-il confirmer la revue des passifs ?
Sous la liste des retraitements passif, une case à cocher porte la mention : « J'ai revu les dettes, provisions et engagements hors bilan ; la liste ci-dessus est complète, y compris lorsqu'elle est vide. » Tant qu'elle n'est pas cochée, un avertissement s'affiche : « ANR non contributive : confirmez la revue des passifs pour l'intégrer à la convergence et aux modules liés. »
Le mécanisme est un échec fermé assumé, et il répond à un cas précis : une liste de passifs vide est ambiguë. Elle peut signifier « j'ai regardé, il n'y a rien » ou « je n'ai pas encore regardé ». Ces deux situations ne valent pas la même chose dans un rapport de valorisation, et la case les distingue.
Deux conséquences pratiques à connaître :
- La confirmation se réarme toute seule. Ajouter, modifier ou supprimer une ligne de passif décoche la case, et modifier le montant des Capitaux propres comptables aussi. Une revue confirmée porte donc toujours sur l'état exact du dossier au moment de l'export.
- Tant que la case n'est pas cochée, l'ANR ne pèse pas dans la convergence, et ni la méthode des Praticiens ni la rente du goodwill ne peuvent être activées.
Quels paramètres saisir, et dans quelles bornes ?
Les libellés ci-dessous sont ceux de la section Actif Net Réévalué (ANR). Les valeurs préchargées sont celles d'un dossier neuf ; les bornes sont celles appliquées à l'enregistrement.
| Libellé à l'écran | Valeur préchargée | Bornes acceptées |
|---|---|---|
| Capitaux propres comptables | 0 € | −1 000 à +1 000 milliards d'euros |
| VNC (par actif) | 0 € | 0 € à 1 000 milliards d'euros |
| Valeur retenue (par actif) | 0 € | 0 € à 1 000 milliards d'euros |
| Montant (par retraitement passif) | 0 € | 0 € à 1 000 milliards d'euros |
| Mode (fiscalité latente) | Simplifié (IS auto) | Simplifié (IS auto) ou Manuel |
| Taux IS (%) — mode simplifié | 25 % | 0 % à 100 % |
| Montant — mode manuel | 0 € | 0 € à 1 000 milliards d'euros, obligatoire |
| Nombre total de titres | 1 000 | Entier ≥ 1 |
| Titres du bloc analysé | 1 000 | Entier ≥ 1, borné au nombre total de titres |
| Prime contrôle (%) | 10 % | 0 % à 100 % |
| Décote minoritaire (%) | 25 % | 0 % à 100 % |
| Décote illiquidité (%) | 15 % | 0 % à 100 % |
⚠️ Attention
⚠️ Attention — Les décotes et la prime sont préchargées à des valeurs non nulles. Un dossier neuf en bloc de contrôle applique donc d'emblée une prime de contrôle de 10 % et une décote d'illiquidité de 15 %, soit un facteur net de 0,935 sur l'ANR. Ce sont des hypothèses de cadrage, pas des constantes de marché : relisez-les avant de communiquer une valeur par titre.
Chaque actif porte un Poste, une Catégorie — Immobilier, Matériel, Incorporel, Financier, Stocks, Autre — une VNC et une Valeur retenue. Chaque retraitement passif porte une Nature, un Type — Engagement HB, Provision risque, Dette fiscale, Dette d'exploitation, Autre — et un Montant.
Les capitaux propres acceptent un montant négatif, les actifs et les passifs non. Une VNC négative n'a pas de sens comptable, et un retraitement passif négatif reviendrait à créer de la valeur par un signe : les deux champs refusent les montants sous zéro. Une situation nette négative, en revanche, se saisit telle quelle.
Le bloc Bloc analysé est un choix exclusif entre Bloc de contrôle — « Prime de contrôle applicable, pas de décote minoritaire » — et Bloc minoritaire — « Décote minoritaire applicable, sans prime de contrôle ». Le champ sans objet disparaît de l'écran : en bloc de contrôle vous ne voyez que Prime contrôle (%) et Décote illiquidité (%), en bloc minoritaire que Décote minoritaire (%) et Décote illiquidité (%).
Comment la cascade ANR est-elle construite ?
L'ANR avant décotes vaut capitaux propres comptables + plus-values nettes − fiscalité latente − passifs retraités, où les plus-values nettes sont la somme algébrique des écarts entre valeur retenue et VNC de chaque actif.
Les décotes et primes s'appliquent ensuite, en cascade multiplicative et non additive :
- Bloc de contrôle : valeur économique = ANR × (1 + prime de contrôle) × (1 − décote d'illiquidité)
- Bloc minoritaire : valeur économique = ANR × (1 − décote minoritaire) × (1 − décote d'illiquidité)
La décote d'illiquidité s'applique donc à une base déjà corrigée du contrôle ou de la minorité — un enchaînement que le tableau Décomposition rend visible ligne à ligne.
Prenons un cabinet dont les capitaux propres comptables s'élèvent à 180 000 €, qui détient un local professionnel à 150 000 € de VNC réévalué à 320 000 €, et du matériel médical à 60 000 € de VNC ramené à 40 000 €. Un litige prud'homal justifie un retraitement passif de 25 000 €. La fiscalité latente reste en mode simplifié à 25 %, et le bloc de contrôle conserve les décotes préchargées.
Le tableau Décomposition s'écrit alors :
| Poste | Montant | Cumul |
|---|---|---|
| Capitaux propres | +180 000 € | 180 000 € |
| + Plus-values | +170 000 € | 350 000 € |
| − Moins-values | −20 000 € | 330 000 € |
| − Fiscalité latente | −37 500 € | 292 500 € |
| − Passifs retraités | −25 000 € | 267 500 € |
| = ANR | 267 500 € | 267 500 € |
| + Prime de contrôle | +26 750 € | 294 250 € |
| − Décote illiquidité | −44 137,50 € | 250 112,50 € |
La carte ANR avant décotes affiche 267 500 €, la carte Valeur économique 250 112,50 €, et la Valeur par titre 250,11 €. La décote d'illiquidité de 15 % porte bien sur 294 250 € — l'ANR déjà majoré de la prime de contrôle — et non sur les 267 500 € de départ : c'est là que se lit le caractère multiplicatif de la cascade.
Deux subtilités de cette cascade méritent d'être retenues.
La première : la fiscalité latente du mode simplifié ne porte que sur des plus-values nettes positives. Ici, 170 000 € de plus-value immobilière moins 20 000 € de moins-value sur matériel donnent 150 000 € nets, taxés à 25 % pour 37 500 €. Si les moins-values l'emportaient, le module n'inscrirait aucune économie d'impôt latente : la ligne « − Fiscalité latente » disparaîtrait du tableau plutôt que d'afficher un produit. Un actif d'impôt différé se modélise séparément, il ne naît pas d'une moins-value latente.
La seconde : les moins-values, elles, sont déduites intégralement, sans plancher. Le module n'annule jamais une moins-value latente au motif qu'elle dégraderait le patrimoine.
C'est cette Valeur économique — après décotes, jamais l'ANR avant décotes — qui est transmise à la convergence. Et comme l'ANR est une méthode en valeur des titres, le pont Passage VE → titres ne lui applique pas les ajustements de dette : le bilan réévalué les reflète déjà, les appliquer une seconde fois les compterait deux fois.
Les valeurs à retenir pour les postes du bilan se lisent dans l'historique du dossier, alimenté au besoin par un import de liasse : voir Importer un FEC ou une liasse fiscale.
Les garde-fous de l'ANR
La fiscalité latente en mode manuel est obligatoire et positive
Basculer le Mode sur Manuel sans renseigner le Montant ne fait pas retomber le module sur la formule simplifiée : le calcul échoue, avec le message « Montant de fiscalité latente manuelle requis ». Un montant négatif échoue également : « Montant de fiscalité latente manuelle négatif interdit ».
Ce comportement est délibéré et vaut aussi bien pour la saisie à l'écran que pour les appels des modules liés. Retomber silencieusement sur un taux forfaitaire alors que l'expert a explicitement choisi le mode manuel reviendrait à substituer une hypothèse non attestée à son arbitrage — et personne ne verrait la substitution dans le rapport. Un passif fiscal négatif, lui, inverserait la formule et créerait de la valeur par un signe.
Sur le dossier ci-dessus, saisir 60 000 € de fiscalité latente en mode manuel au lieu des 37 500 € du mode simplifié ramène l'ANR avant décotes de 267 500 € à 245 000 €.
Le plancher à zéro et la ligne « = Plancher 0 »
Une valeur économique négative est ramenée à zéro : pour un acquéreur, la valeur patrimoniale d'une société ne descend pas sous zéro. Le module ne masque pas l'opération, il l'inscrit — le tableau Décomposition reçoit une dernière ligne « = Plancher 0 » à zéro, et un encadré rouge s'affiche en tête de la colonne de résultats : « ANR négatif — la valeur économique est inférieure à zéro. »
Sur une société aux capitaux propres de −120 000 €, dont le matériel inscrit à 80 000 € de VNC ne vaut plus que 30 000 € et qui a donné une caution de 60 000 €, l'ANR avant décotes ressort à −230 000 € et la valeur économique à 0 €. Notez au passage qu'aucune ligne de fiscalité latente n'apparaît : les 50 000 € de moins-value nette ne produisent pas d'économie d'impôt. Les lignes de prime et de décote restent affichées au-dessus du plancher, avec des signes contre-intuitifs puisqu'elles s'appliquent à une base négative — raison de plus pour lire la ligne « = Plancher 0 » comme le vrai point d'arrivée du tableau.
La conséquence en aval est celle qu'il faut anticiper. Une méthode dont la valeur n'est pas strictement positive est écartée de la convergence : l'encadré des méthodes exclues affiche « exclue : valeur nulle ou non exploitable » et le poids de l'ANR est renormalisé sur les autres méthodes. Un ANR ramené au plancher ne tire donc pas la valeur de référence vers le bas — il disparaît du calcul. Sur un dossier en situation nette négative, ne comptez pas sur l'ANR pour porter la prudence : c'est la note de l'expert-comptable qui devra le faire.
La décote minoritaire n'est jamais comptée deux fois
Une décote de minorité est une transformation unique. Quand le dossier porte déjà une décote minoritaire globale — celle qui s'applique en aval, sur la synthèse et sur la valeur de référence, et que la section Convergence affiche sous la forme « Décote minoritaire (X %) » —, la décote minoritaire locale de l'ANR est neutralisée.
À l'écran, le champ Décote minoritaire (%) est alors désactivé et la note sous les champs devient : « La décote minoritaire ANR locale est neutralisée au profit de la décote globale, appliquée une seule fois dans la convergence. Le waterfall ANR applique uniquement la décote d'illiquidité. » La ligne « − Décote minoritaire » disparaît du tableau Décomposition.
L'enjeu se mesure. Sur le dossier ci-dessus passé en bloc minoritaire de 300 titres sur 1 000, décotes préchargées conservées :
| Situation | Valeur économique | Bloc ajusté |
|---|---|---|
| Sans décote globale — la décote locale de 25 % s'applique | 170 531,25 € | 51 159,38 € |
| Avec une décote globale au dossier — décote locale neutralisée | 227 375 € | 68 212,50 € |
Sans cette neutralisation, la valeur du bloc subirait la décote de minorité une première fois dans l'ANR, puis une seconde fois sur la synthèse. Le bloc ajusté est, dans les deux cas, la quote-part de la valeur économique correspondant aux titres du bloc analysé.
Le bloc analysé exclut les paramètres de l'autre bloc
En bloc de contrôle, la décote minoritaire est ignorée du calcul ; en bloc minoritaire, la prime de contrôle l'est. La note sous le Bloc retenu le rappelle à chaque recalcul. Une prime de contrôle saisie puis oubliée après un basculement en bloc minoritaire ne peut donc pas gonfler silencieusement la valeur.
Dans quels dossiers l'ANR pèse-t-il lourd ?
Le poids de l'ANR dans la convergence dépend de la catégorie de la profession choisie en section Contexte & données.
| Catégorie | Poids ANR du préréglage | Logique du préréglage |
|---|---|---|
| Artisanat & BTP | 25 % | Actifs matériels importants, à parité avec les multiples d'EBE |
| Commerce | 20 % | Fonds de commerce physique : le patrimoine prend le pas |
| Restauration & Hôtellerie | 20 % | Fonds de commerce et emplacement |
| Transport & Logistique | 20 % | La flotte porte une part significative de la valeur |
| Santé | 5 % | La patientèle se valorise au pourcentage du chiffre d'affaires |
| Droit | 5 % | La clientèle, non le bilan, porte la valeur |
| Chiffre | 5 % | Récurrence des honoraires captée par l'EBE et la rente du goodwill |
| Technique & Conseil | 5 % | Peu d'actifs immobilisés |
| Services | 5 % | Récurrence des revenus, captée par l'EBE et le DCF |
| Tech & Digital | 0 % | Aucun poids : la valeur est entièrement prospective |
Tech & Digital est la seule catégorie où le préréglage met l'ANR à zéro, et cela a une conséquence directe : une méthode dont le poids de préréglage est nul n'est pas activée par l'application du préréglage. Sur un dossier tech, l'ANR reste donc éteint tant que vous ne l'activez pas vous-même.
Un second mécanisme, plus discret, peut aussi laisser l'ANR éteint. Lorsque vous appliquez un préréglage sectoriel qui accorde un poids à l'ANR, à la méthode des Praticiens ou à la rente du goodwill, mais que le dossier ne contient encore aucune donnée patrimoniale réelle — revue des passifs non confirmée, ou capitaux propres à zéro sans aucun actif ni passif saisi —, ces trois méthodes restent désactivées et leur poids est redistribué proportionnellement sur les autres méthodes. Le préréglage ne fabrique pas un ANR à partir d'un formulaire vide. Si la pondération affichée ne ressemble pas au préréglage annoncé, c'est le premier point à vérifier.
L'ANR alimente ensuite deux méthodes composites : la méthode des Praticiens, qui en pondère la valeur économique avec une composante de rendement, et la rente du goodwill, qui capitalise le surprofit dégagé au-delà de la rémunération normale de ce patrimoine — décrite dans La rente du goodwill.
Modifier un poste ANR après avoir généré la synthèse assistée la marque obsolète et l'écarte du PDF jusqu'à régénération ; le mécanisme est décrit dans Comprendre le chaînage et la fraîcheur des chiffres.
Ouvrir la section Actif Net Réévalué (ANR) du module Valorisation et cocher la revue des passifs avant de lire la convergence.
Articles connexes
- Utiliser le module Valorisation — l'article pilier : les méthodes disponibles, la convergence, le passage de la valeur d'entreprise à la valeur des titres et l'export du rapport.
- La rente du goodwill — la méthode qui rémunère l'ANR à un taux normatif et capitalise le surprofit résiduel ; elle consomme l'ANR avant décotes, à la différence de la convergence.
- Valoriser aux multiples d'EBE — la contre-valeur de rendement à opposer au patrimoine, et la raison pour laquelle un ANR élevé sur un EBE faible fait chuter le score de convergence.
- Paramétrer un DCF défendable — l'autre méthode intrinsèque du module, volontairement exclue avec l'ANR du plafond de réconciliation analogique.
- Utiliser le module Transmission — le choix entre valeur des titres et valeur de référence au moment de préparer la cession.
