Lire l'analyse financière d'un passage en SELARL
La section Analyse financière du module Passage en SELARL est l'écran que l'expert-comptable ouvre devant son client.
Elle produit un verdict, des tuiles chiffrées et une lecture en langage naturel — et elle repose sur des conventions de lecture qui, mal comprises, font dire à l'écran l'inverse de ce qu'il montre.
Le parcours complet du module est décrit dans le guide Utiliser le module Passage en SEL (SELARL ou SELAS). Cet article porte sur la seule section Analyse financière, ses sous-onglets et ses pièges de lecture.
Comment l'analyse financière est-elle organisée ?
L'analyse se déroule en sous-onglets, dans l'ordre où l'on instruit un dossier : Synthèse, Comparatif, Projection, Risques.
| Sous-onglet | Ce qu'on y trouve |
|---|---|
| Synthèse | Le bandeau de décision, les tuiles clés dépliables, le résumé additif sur l'horizon de l'étude et le détail du produit de cession |
| Comparatif | Les deux cascades de reste à vivre — BNC et société — sur la même échelle, puis le détail de la rémunération et des dividendes |
| Projection | L'histogramme année par année et le tableau dépliable Voir le détail par année, avec le DSCR de chaque exercice |
| Risques | Les blocs Motifs de la décision et Conditions bloquantes — détail |
Au-dessus des sous-onglets, un bandeau conditionnel sur le taux réduit d'impôt sur les sociétés peut s'afficher — il est décrit ci-dessous, et il conditionne l'ensemble des chiffres présentés.
Que signifie le bandeau « Taux IS 15 % conditionnel » ?
Ce bandeau ambre apparaît tant que les deux conditions structurantes du taux réduit d'impôt sur les sociétés n'ont pas été confirmées dans la section Structure juridique : capital entièrement libéré, et détention à 75 % au moins par des personnes physiques. Il nomme celle qui manque et rappelle la règle : le taux réduit de 15 % s'applique sur les premiers 42 500 € de bénéfice, pour une société dont le chiffre d'affaires reste inférieur à 10 M€ (art. 219-I-b du CGI).
Le point important est ce que le module fait en attendant : par prudence, il retient le taux normal de 25 %. Les deux champs sont à trois états — confirmé, infirmé, non renseigné —, et seul l'état confirmé active le taux réduit. Un dossier laissé en l'état affiche donc un impôt sur les sociétés maximal et un gain de passage sous-estimé. Un bouton Ouvrir Structure juridique mène directement aux champs à renseigner.
Le bandeau se ferme d'un clic, et cette fermeture est mémorisée par dossier : la masquer sur un dossier ne la masque pas sur les autres. L'information reste accessible depuis l'infobulle de la carte impôt sur les sociétés du sous-onglet Comparatif.
Que montre le bandeau de décision en tête d'écran ?
Le bandeau de décision restitue le verdict du scoring multi-critères, son niveau de confiance, les montants clés de l'opération — gain annuel, enrichissement patrimonial sur la durée de l'étude, produit net de cession quand le mode de passage la modélise — et une rangée d'indicateurs bancaires.
| Verdict affiché | Lecture |
|---|---|
| Orientation recommandée | Le passage est économiquement justifié et finançable |
| Favorable sous conditions | Intéressant, sous réserve de lever les conditions listées dans le sous-onglet Risques |
| À optimiser | La structure est à recalibrer, pas à abandonner |
| À restructurer | Le montage n'est pas recommandé en l'état |
| Refus de conclure | Données insuffisantes ou cas sensible : expertise externe requise |
| Simulation indicative | Le dossier n'est pas complet, le verdict chiffré est volontairement masqué |
Les indicateurs de la rangée reprennent le DSCR, la marge de sécurité rapportée au chiffre d'affaires, la CAF après dette et le seuil de récupération — l'année où le différentiel annuel entre l'exercice en BNC et l'exercice en société devient cumulativement positif, affichée « Hors horizon » quand il ne l'est jamais sur la durée projetée. Leurs seuils et leur construction sont détaillés dans Financer un passage en SELARL.
Pourquoi un dossier « À restructurer » s'affiche-t-il « À optimiser » ?
Parce que le module adoucit délibérément le libellé dans un cas précis : quand le verdict calculé est négatif mais que l'enrichissement patrimonial total sur l'horizon reste positif. Cette configuration correspond à un passage qui fait baisser le reste à vivre immédiat du praticien tout en construisant du patrimoine professionnel — « À restructurer » serait trompeur, puisqu'il n'y a rien à démonter, seulement à recalibrer.
Deux précisions à garder en tête avant d'en parler au client :
- Seuls le libellé et le pictogramme changent. Le score, les motifs de la décision et les conditions bloquantes sont strictement identiques à ceux d'un verdict négatif. Le sous-onglet Risques liste les mêmes points, sans adoucissement.
- L'adoucissement ne s'applique jamais à un refus de conclure. Un dossier incomplet, ou un montage en apport-cession, reste restitué en « Refus de conclure » ou en « Simulation indicative » quel que soit son enrichissement patrimonial.
Dit autrement : « À optimiser » n'est pas un verdict intermédiaire du barème, c'est un verdict négatif présenté sous l'angle du levier disponible. Le levier, la plupart du temps, est la rémunération du dirigeant — voir La rémunération « en dedans » en SELARL.
Sur quelle année les indicateurs se lisent-ils ?
Pas systématiquement sur l'année 1. Le module calcule une année de régime de croisière et y assoit le gain récurrent affiché, les cascades et les indicateurs de financement liés.
La règle vaut quand un prévisionnel est rattaché au dossier. Le régime de croisière est alors la première année où le capital du prêt est effectivement remboursé — celle où l'amortissement pèse réellement sur la trésorerie. Pour un prêt in fine, où le capital n'est remboursé qu'au terme, le module retient la première année portant des intérêts. L'index retenu est borné à l'horizon réellement projeté. Hors prévisionnel lié, ou quand l'acquisition est financée dès la première année, le régime de croisière est l'année 1.
Le motif est directement lisible sur un dossier : quand le business plan diffère l'acquisition, l'année 1 ne porte aucun service de dette. Y lire le gain reviendrait à présenter au client un avantage récurrent qui n'existe que la première année, et à survendre le passage. L'année antérieure à l'acquisition n'est pas perdue pour autant : elle reste affichée en note de contexte, jamais comme avantage récurrent.
⚠️ Attention
⚠️ Attention — Le numéro d'exercice affiché est la position dans la projection, pas nécessairement un millésime calendaire. Si le gain annuel de l'écran ne correspond pas à la première colonne du tableau Voir le détail par année, ce n'est pas une incohérence : c'est que le régime de croisière n'est pas l'année 1. Vérifiez la première année où la colonne du service de dette devient non nulle.
Comment lire la narration en langage naturel ?
Sous le bandeau de décision, un encadré traduit les chiffres en une phrase que l'expert-comptable peut lire telle quelle à son client. Quand le module dispose du scénario à reste à vivre identique et que celui-ci dégage une économie positive, la phrase commence par « À reste à vivre équivalent : » et compare, pour un même train de vie net, ce que coûtent les cotisations et l'impôt personnels en BNC et en société.
Cette narration est construite pour ne pas survendre, et elle procède en trois temps :
- L'économie brute de cotisations et d'impôt personnels, à train de vie strictement égal.
- Le détail de cette économie, ventilé entre cotisations sociales et impôt sur le revenu.
- Le rappel indispensable : cette économie alimente d'abord la trésorerie conservée en société, pas la poche du praticien. Le bénéfice non sorti paie l'impôt sur les sociétés, puis le prélèvement forfaitaire unique à la sortie. La phrase se termine sur l'avantage net récurrent réel, après cet impôt sur les sociétés et après neutralisation de la trésorerie que l'exercice en BNC aurait lui aussi accumulée.
C'est ce dernier montant, et lui seul, qui est repris dans la tuile de tête Gain économique annuel. Quand le scénario à reste à vivre identique ne dégage pas d'économie, l'encadré bascule sur une formulation en reste à vivre, sans comparaison à train de vie constant.
Pourquoi « Tréso société » n'est-il pas un solde de trésorerie ?
Parce que c'est un flux annuel, et le module l'écrit en toutes lettres sous l'histogramme du sous-onglet Projection : la barre Tréso société représente ce qui est conservé dans l'année, soit la capacité d'autofinancement diminuée du capital remboursé et des dividendes distribués — « pas le solde en caisse ».
Tréso société (année N) = CAF − capital remboursé − dividendes distribués
Le solde de fin d'exercice, qui cumule aussi les apports et le capital social, se lit dans le prévisionnel lié, pas ici. Confondre les deux conduit à annoncer au client une trésorerie disponible très inférieure à la réalité — puisqu'un flux annuel de conservation ignore tout ce qui a été accumulé les années précédentes.
L'histogramme superpose trois séries qu'il faut nommer précisément en rendez-vous : Reste à vivre BNC, qui est le prélèvement personnel réellement effectué ; Reste à vivre SELARL, qui additionne rémunération nette et dividendes nets perçus ; et Tréso société, empilée sur la précédente. La colonne Cumulé éco. du tableau détaillé, elle, rejoint le gain économique cumulé de la synthèse patrimoniale.
À quoi sert encore le scénario « à net identique » ?
À expliquer, plus à chiffrer. Le scénario à reste à vivre identique fixe le même train de vie net des deux côtés, puis compare les seules cotisations et l'impôt personnels : en BNC, ils frappent tout le bénéfice quelle que soit la consommation ; en société, ils ne portent que sur la rémunération effectivement sortie.
Ce scénario n'alimente plus aucune tuile de tête. Son économie brute ne sert que de mécanisme explicatif — le « pourquoi c'est possible » du détail de l'avantage récurrent —, toujours accompagnée de l'impôt sur les sociétés dû sur le bénéfice conservé. C'est un choix de présentation assumé : mettre en avant une économie de cotisations sans l'impôt qui l'accompagne à la sortie donnait un chiffre spectaculaire et faux.
Deux hypothèses du scénario doivent être annoncées si vous vous en servez en rendez-vous :
- Aucun dividende n'est distribué. Le dirigeant sort l'intégralité de son train de vie en rémunération, ce qui est l'option la plus taxée. L'économie réelle d'un arbitrage rémunération / dividendes serait supérieure — le scénario est donc volontairement conservateur.
- La rémunération est résolue, pas saisie. Le module cherche le brut qui délivre exactement le reste à vivre du BNC, avec la même convention de cotisations que le calcul principal. Ce brut n'a aucune raison de coïncider avec la rémunération retenue dans la section Structure juridique.
Ce que l'analyse financière ne montre pas
Le gain économique n'est pas un gain de pouvoir d'achat. Il inclut la trésorerie conservée en société. Il peut donc être franchement positif alors que le reste à vivre du praticien est stable, voire en léger recul : c'est le signe d'une constitution de patrimoine professionnel. Dites-le au client avant qu'il ne lise le chiffre comme une augmentation de revenu disponible.
L'enrichissement patrimonial est affiché avant impôt de sortie. Le résumé additif de la synthèse — produit de cession à l'entrée, plus gain de reste à vivre cumulé, plus avantage de capitalisation cumulé — boucle sur l'enrichissement patrimonial de l'horizon retenu. La fiscalité de sortie des sommes logées en société n'y est pas déduite ; elle figure séparément, dans le détail de réconciliation.
Le verdict chiffré n'est produit que sur un dossier complet. Un dossier en estimation à valider, incomplet ou soumis à validation externe est restitué en Simulation indicative, avec la liste des motifs à lever. C'est volontaire : un verdict tranché sur un dossier lacunaire engagerait le cabinet à tort.
Deux DSCR peuvent coexister. Celui du prévisionnel rattaché et celui du moteur interne du module. Le libellé de la tuile indique lequel est affiché ; les contrôles de conformité, eux, lisent celui du moteur. Le mécanisme du prévisionnel comme source unique de la jambe société est décrit dans Comprendre le chaînage et la fraîcheur.
Ouvrir le module Passage en SELARL
Articles connexes
- Utiliser le module Passage en SEL (SELARL ou SELAS) — le guide de référence du module : l'analyse financière est l'aboutissement d'un parcours qui commence au contexte du dossier.
- Financer un passage en SELARL : DSCR, CAF résiduelle et seuils bancaires — la construction et les seuils des indicateurs bancaires repris dans le bandeau de décision.
- La rémunération « en dedans » en SELARL — le levier de recalibrage à actionner quand le verdict s'affiche « À optimiser ».
- Reprendre une 2035 dans le module Passage en SELARL — la jambe BNC de tout le comparatif : un historique approximatif fausse le verdict avant même l'analyse.
- Comprendre le chaînage et la fraîcheur — pourquoi les chiffres société peuvent venir du prévisionnel lié et non des données financières saisies.
